Psycho: écouter, déculpabiliser et motiver
5 questions à Fabienne Kraemer, psychanalyste
Le 12/12/2014 par Marie-Cécile Puissochet
Régimes, surpoids, psycho-nutrition, émotions, équilibre alimentaire...
Fabienne Kraemer, coach du programme et médecin-psychanalyste répond à des questions de base.
Publié le 05/03/2011
Mis à jour le 12/12/2014
Fabienne Kraemer est médecin généraliste de formation. Pendant ses premières années d’exercice, elle pratique essentiellement la nutrition. Rédactrice en chef d’émissions de télévision, elle devient parallèlement psychanalyste. Aujourd’hui, elle collabore à Moncoachingminceur.com dont elle a conçu le programme Minceur Intégral.
Quel est votre point de vue sur les régimes ?
Auprès de mes patients, je me suis rendue compte qu’à 5 ans, tous régimes confondus, les gens reprenaient plus de poids qu’ils n’en avaient perdu. A la consultation spécialisée de l’hôpital Saint-Michel, j’ai fait connaissance avec tous les troubles du comportement alimentaire. J’ai rencontré des gens qui à force de faire des régimes, passaient par des périodes d’anorexie, boulimie, et vivaient des situations de grande détresse. J’en ai conclu que cette démarche n’avait rien d’anodin.
Vous associez la prise de poids à l’émotionnel…
Le premier rapport qu’on a à l’alimentation, c’est le sein, donc d’emblée, on se nourrit dans un environnement psycho-affectif. Par conséquent, dire que le problème du surpoids est simplement lié à une mauvaise balance entre les entrées et les sorties, c’est vrai sur le plan théorique, mais absolument faux dans la réalité : cela dépend de ce que chacun associe en terme d’émotion à la prise de nourriture. Souvent les gens ont besoin de compenser par l’alimentation des angoisses, des peurs, ou des vides. J’entends souvent « j’ai besoin de me remplir. » La nourriture est un moyen facile de combler cette souffrance, parce que dans la société d’abondance qui est la nôtre, elle est très accessible.
Vous mettez également en avant les comportements alimentaires dont on a hérité.
L’alimentation est aussi une affaire d’éducation. Beaucoup de mères éduquent leur enfant avec une très grande culpabilité. Ne pas savoir nourrir son enfant fait d’elles de mauvaises mères au regard de la société. C’est ainsi que celles qui luttent elles-mêmes contre les kilos transmettent cette angoisse à leurs filles. Il y a aussi celles qui utilisent l’aliment comme récompense, à défaut de pouvoir donner de l’affectif, c’est d’ailleurs le ressort de nombreuses publicités pour les confiseries industrielles…
Comment abordez-vous le problème du surpoids avec vos patients ?
Je ne commence pas par leur parler de leur poids, même si quand ils franchissent la porte de mon cabinet, il est évident que leur mal-être se traduit ainsi. Assimiler les gens à l’image qu’ils projettent, ce n’est pas mon rôle en tant que psy. Je suis là pour les faire parler de ce qu’ils ressentent, essayer de comprendre pourquoi ils vont mal. C’est très rare que les gens aient une notion du rapport affectif qu’ils entretiennent avec l’alimentation, c’est un sujet tabou. Personne ne dit comment il mange vraiment, au-delà de ce qu’on montre en société.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite perdre du poids ?
La première chose, c’est de lutter contre la culpabilité associée à l’acte de manger, en commençant par ne pas se mettre dans des situations qui donnent une mauvaise image de soi : ne pas se fixer d’objectifs irréalistes, comme ne plus jamais manger de chocolat… Mais plutôt comprendre qu’on peut se faire du bien en mangeant et pas forcément du mal. Il faut sortir du rapport puniton-récompense.
Ensuite, il faut s’éduquer un peu, connaître les bases de la nutrition et de l’équilibre alimentaire et redécouvrir les notions de convivialité et de partage liées au repas pris en commun. En France, on a la chance d’avoir une vraie tradition de ce point-de-vue, c’est intéressant de la cultiver un peu plus au quotidien.
Et pour finir : bouger !
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